« Cet ensemble hydraulique appelé La Rivière du Roi Soleil permettait de répondre aux besoins gigantesques des fontaines du Parc du Château de Versailles en fournissant jusqu’à 13000 mètres cubes d’eau par jour. Louvois puis Vauban sont à l’origine de cet aménagement. Une succession d’étangs furent créés et reliés entre eux, pour amener les eaux pluviales vers l’étang de St-Quentin. Les eaux stockées dans ces différents étangs se déversent dans le Grand Lit de Rivière, constitué de plusieurs aqueducs et rigoles pour rejoindre gravitairement le réservoir de Montbauron à Versailles. Cette Rivière Royale représente toujours aujourd’hui 11 étangs, 60 kilomètres de rigoles, 11 aqueducs souterrains et 8 millions de mètres cubes d’eau. Elle est matérialisée par des bornes en grès portant une fleur de lys gravée. Les aqueducs souterrains voûtés en plein cintre construits avec des moellons de meulière etde grès sont dans un état remarquable. »

1) Acquisitions et indemnisations des terres

2) Le bornarge du réseau d'eau

3) Les maladies

4) Etat actuel du réseau d'eau

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Aperçu des conduites, des rigoles, aqueducs et réservoirs de Versailles et des environs au XVIIème

Carte accessible sur le site des Archives Départementales des Yvelines

1) Acquisitions et indemnisations des terres

Le roi, afin de réaliser tous les réseaux de rigoles et d’aqueducs pour alimenter le château de Versailles doit acquérir des portions de terre. Un état d’arpentage sera fait et chaque propriétaire sera indemnisé par rapport à la quantité de terre acquise pour la réalisation des travaux.

Toutes ces acquisitions de terres par le roi seront indemnisées dans un mémoire sur l’état et l’estimation des terres et des prés occupés par les étangs du Pré Clos et du Trou Salé, de l’aqueduc et de la rigole de Toussus. Il nous indique les noms des propriétaires, leurs héritages (possessions) et les sommes qu’ils doivent recevoir. L’église de Toussus reçoit une indemnité de 75 livres 5 sols pour une pièce de terre de 38 perches. Mais bien souvent les propriétaires des terres acquises par le roi attendent longtemps leur indemnisation.

2) Le bornage du réseau d'eau

Malgré un édit de Louis XIV du mois de juillet 1693 qui le confirme dans la propriété des terres acquises pour la réalisation du réseau d’eau, des particuliers se croient autorisés à reprendre tout ou partie des terres occupées par les travaux pour les ensemencer et y faire des plantations car il n’y a qu’un bornage partiel qui puisse leur indiquer le terrain du roi d’avec le leur. Six cent soixante-dix bornes seulement avaient été posées pour fixer les limites et il en aurait fallu plus de trois mille pour que tous les angles en soient pourvus.

Les bornes à fleur de Lys

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Par la suite, un arrêt de Louis XV prévoit que les limites desdits terrains seraient marquées par des bornes de distance en distance et à tous les endroits qui seront nécessaires. Elles seront placées à tous les angles des terrains occupés par les ouvrages afin de les garantir contre la convoitise des riverains. Il n’en fut placé qu’un petit nombre à quelques ouvrages et les limites des autres demeuraient exposées à la cupidité d’un premier occupant. Louis XV est informé que, sous de faux prétextes, les riverains sont journellement sur ses terres et de contestations surviennent entre les fermiers et les particuliers pour la dépouille de leur fermage par le défaut de bornage. Le roi, en son conseil, ordonne que sur les ordres du marquis de Marigny, directeur général des bâtiments, il soit procédé par le sieur Matis, géographe-arpenteur, à une reconnaissance de tous les ouvrages qui ont été faits pendant les années 1680 à 1700 dans les plaines de Trappes et de Saclay et qu’il soit dressé un plan général des rigoles, des étangs et des aqueducs accompagné d’un procès verbal contenant les indications de toutes les acquisitions. Sa majesté ordonne que tous les particuliers qui occupent ses terres doivent se retirer et détruire les plantations, cultures ou autres et qu’ils ne pourront prétendre à aucun dédommagement à moins qu’ils ne soient pourvus de concessions ou donations.

Ces opérations de bornage ont été une organisation de grande étendue, entreprise à diverses époques et qui n’a jamais été terminée. De tous ces travaux qui ont cependant coûté  très cher, il ne reste plus grand chose malgré de nombreux plans (1726 par Matis, 1784 par Lasseigne ...).Les bornages s’effectuèrent de la fin du XVIIsiècle jusqu’à la fin du XIXsiècle. Un tableau nous donne le nombre de bornes et leur époque d’installation : les bornes anciennes de l’ancien régime à fleur de lis, les bornes des consuls après la Révolution, les bornes nouvelles et les bornes à couronne sous la Restauration. Pour l’étang du Trou Salé, il y a 11 bornes anciennes, 7 bornes des consuls, 20 bornes nouvelles soit au total 38 bornes et pour la rigole de Guyancourt, 98 bornes des consuls, 35 bornes nouvelles et 1 borne à couronne soit au total 134 bornes. Nous pouvons remarquer que le Trou Salé n’a aucune borne à couronne et que la rigole de Guyancourt, aucune borne ancienne ; et que sont devenues aujourd’hui toutes les bornes arrachées et disparues ?

3) Les maladies

Lors de grande sécheresse, des épidémies font leur apparition au XVIIème siècle à une question posée à monsieur le docteur Morère de Palaiseau qui exerce dans les villages environnant les étangs de Saclay et de Trou Salé concernant l’évaporation des étangs qui serait la cause éventuelle des maladies épidémiques ou endémiques, il répondit que, par le fait de la chaleur, les eaux se retirent et laissent à découvert un limon fangeux, produit de la décomposition de substances végétales et animales et que chaque année vers les mois d’août ou septembre, les villages, et surtout Saclay, voient des épidémies de fièvre typhoïde graves. La fièvre intermittente simple ou avec engorgement des viscères abdominaux y est endémique. Beaucoup d’habitants seront atteints de ces fièvres. Le hameau de Villedombe est tombé en ruine et au lieu de chercher à le reconstruire, les habitants sont allés porter leur domicile ailleurs. Les fièvres typhoïdes qui régnaient le plus souvent dans nos localités du fait des étangs entraînent des décès plus nombreux qu’ailleurs.

4) Etat actuel du réseau d'eau

Que reste-t-il de ce réseau de rigoles, d’étangs et d’aqueducs ? Le système fonctionnera jusqu’à la fin du XIXè siècle mais le coût élevé de l’entretien laisse ce réseau se dégrader jusqu’à nos jours. Malgré tout, le réseau hydraulique existe toujours même si les eaux ne vont plus à Versailles.

Du plateau supérieur de Rambouillet à l’étang de Saint-Quentin, il n’existe pratiquement aucun changement. Sur le plateau de Saclay, le réseau est coupé en certains endroits par les infrastructures routières ou urbaines. La rigole de Guyancourt est coupée en plusieurs endroits avant d’arriver à Toussus (l’aéroport est une de ces coupures), ensuite cette rigole est en bon état jusqu’aux étangs de Saclay. Avant 1950, ceux-ci recueillaient l’ensemble des eaux et repartaient vers Versailles par les aqueducs, aujourd’hui les eaux se sont inversées et ne vont plus à Versailles faute d’entretien, seuls les aqueducs de Saclay à Versailles ont gardé leurs pentes. À l’étang du Trou Salé, la chaussée existe toujours et supporte la RD 938 qui relie Buc à Toussus-le-Noble.

Quant à l’étang lui-même qui servit au début du XXe siècle à des essais d’hydravion par Farman, il a été asséché et comblé lors de la seconde guerre mondiale pour agrandir les pistes d’atterrissage. Les étangs de Saclay et d’Orsigny font partie de l’inventaire des zones naturelles d’intérêt écologique, floristique et faunistique. Ce réseau hydraulique constitue un patrimoine historique et architectural exceptionnel. Des projets de réhabilitation ambitieux sont prévus. Le programme réunit les communes, les départements, la région, l’Etat et diverses associations de sauvegarde pour assurer la réhabilitation des ouvrages, pour améliorer la qualité de l’eau, pour protéger le réseau et valoriser ce patrimoine pour le loisir et la promenade. Déjà vers Rambouillet, des chemins pédestres ont été créés ainsi que sur le trajet des eaux de l’ancienne machine de Marly.

Source : P.BESSAS - Bulletin N°3 - Année 1998 - voir le site http://ghtn.free.fr/bulletins.htm